L’Aubrac et ses Paysages

« On ne peut nier, que dans la belle saison cette immensité de pâturages, émaillés de fleurs aux mille couleurs, animés de troupeaux bruyants, n’ait un particulier cachet de grandeur et d’originalité; c’est la pampa argentine, la savane du Missouri, l’infini de la mer, en un mot. Aussi l’a-t-on appelée «petit Far West», un «désert d’herbes». Mais sur cet océan de verdure les rudes éléments sont les maîtres et leurs caprices deviennent terribles à 1 300 mètres d’altitude, sans rideaux de montagnes pour les réfréner… Quand les froides brises de l’automne balayent la plane surface, quand les bruyères sont desséchées et les bestiaux descendus dans la plaine, le spleen seul règne là-haut où rien ne rompt la monotonie et l’uniformité. »

Édouard-Alfred Martel, Les Cévennes, 1890.

Vers le Pesquier Haut, Saint Chély d'Aubrac, Aveyron, Octobre

Vers le Pesquier Haut, Saint Chély d’Aubrac, Aveyron, Octobre

Edouard-Alfred Martel résume dans sa description quasiment un an d’Aubrac, des pâturages fleuris de l’été aux jours blancs et froids de l’hiver…

J’habite non loin de l’Aubrac, et me rendre sur ses hauts plateaux me fait à chaque fois l’effet de partir « ailleurs », comme si je m’échappais vers une autre contrée aux paysages et ambiances différents du lieu où je vis. De chez moi, sur le Causse Comtal, c’est bien souvent vers l’Aubrac que se portent mes premiers regards lorsque je sors. Je le vois parfois comme semblant flotter au-dessus des brumes de la vallée du Lot, ou d’autres jours disparaissant dans les nuages.

Dès mon arrivée en Aveyron j’ai tout de suite aimé parcourir ces hauts plateaux, quel que soit le temps ou la saison. Il est pour moi un lieu à part, aux senteurs et lumières différentes des alentours.

L’Aubrac semble inchangé depuis des siècles, seulement modifié lentement par l’Homme qui en a façonné les paysages, une impression consolidée par le fait que l’Aubrac soit resté longtemps à l’écart des grandes voies de communication. A cheval sur 3 départements, il garde toujours son identité propre, aussi bien liée à sa géographie qu’à son histoire.

C’est un sentiment encore renforcé par toutes les descriptions idylliques des guides touristiques et de la plupart des visiteurs, qui évoquent toujours la beauté des paysages et leur nature préservée de toute atteinte.

Mais même si l’Aubrac paraît immuable,  il est malgré les apparences de plus en plus menacé comme beaucoup d’autres territoires partout dans le monde.

La flore de l’Aubrac, parmi les plus riches d’Europe, se raréfie et perd de sa diversité, du fait des apports en fertilisants chimiques dans les estives, afin d’avoir un herbage plus haut et plus dense. Les photos ci-dessous ont été réalisées en Avril au milieu des estives.

A cela s’ajoutent les dégâts causés par le pullulement depuis quelques années des campagnols terrestres, ou rats taupiers, qui en retournant la terre altèrent la qualité de la flore des prairies, et réduisent la surface couverte par l’herbe. En parallèle, les renards, principaux prédateurs des rats taupiers, qui en consomment quelques milliers par an, sont sur-chassés.


Conséquence des apports en engrais, la qualité des eaux se détériore de part la pollution aux nitrates, provoqué par le ruissellement  vers les cours d’eaux, omniprésents sur l’Aubrac.

En outre des zones humides s’assèchent progressivement. Je le vois en parcourant certains lieux qui sont maintenant beaucoup plus secs qu’il y a seulement une quinzaine d’années.

En ce qui concerne les paysages en eux-même, ils risquent de se banaliser avec l’apparition de parcs éoliens à proximité, et pourraient perdre leur singularité. L’Aubrac, ainsi que le Cézallier un peu plus au nord, sont des paysages uniques en France.

Les 7 éoliennes installées depuis 2014 au Truc de l’Homme, en bordure nord-est des hauts plateaux, et même si elles sont un peu « à l’écart » sont visibles depuis la plupart des points élevés de l’Aubrac, et de bon nombre d’endroits remarquables: Lac de Saint Andéol, Cascade du Déroc, Col d’Aubrac, Bonnecombe entre-autres.

Pour aggraver la situation, il y a en projet un parc éolien sur le haut plateau, car la commune de Chauchailles en Lozère, a choisi de ne pas adhérer au Parc Naturel, afin de pouvoir implanter tranquillement ses éoliennes au milieu de l’Aubrac.

D’autres projets ont été refusés, avec comme raison principale l’enjeu paysager, mais la pression des promoteurs reste forte.

Le nouveau Parc Naturel Régional s’oppose, pour le moment, à la présence de nouvelles éoliennes dans son périmètre. L’Aveyron y est également opposé pour l’Aubrac, ayant choisi d’autres secteurs du département, moins exposés du point de vue touristique. les principaux risques venant de la Lozère où sont situés les projets en cours.


Néanmoins tout n’est pas négatif, les loutres ont par exemple réapparu dans les ruisseaux et rivières ainsi qu’aux alentours, et des progrès sont réalisés concernant les engrais.

Depuis quelques années, des burons sont rénovés ou entièrement reconstruits pour retrouver une activité grâce à des personnes motivées, et désireuses de faire encore vivre l’Aubrac, qui est une source de très bons produits locaux à découvrir.

Malgré les menaces qui pèsent, l’Aubrac reste un milieu encore assez préservé avec une belle diversité.

Des sites que je recommande concernant ces sujets:

L’association Nature Aubrac

Association Nature Aubrac

Association Nature Aubrac

L’association Aubrac Biodiversité

Fédération Aubrac Biodiversité

Fédération Aubrac Biodiversité

L’association de protection des Gorges du Bès

Association Gorges Bès

Association Gorges Bès

 

La géographie de l’Aubrac

Même si l’Aubrac est souvent assimilé aux grands espaces, géographiquement c’est un petit territoire. Dans sa totalité, il mesure environ 50 kms sur 40 kms. Il est bordé au sud par la vallée du Lot, la vallée d’Olt comme elle se nomme dans sa partie rouerguate, à l’Est par la Colagne, et à l’Ouest et et nord par la Truyère, rivière au débit souvent impressionnant, désormais domptée par de nombreux barrages hydroélectriques.

Le Puech Gros, Malbouzon, Lozère, Juillet

Le Puech Gros, Malbouzon, Lozère, Juillet

Le haut plateau en lui-même, ne représente que environ 20 kms sur 20 kms, à une altitude située entre 1000 et 1469 mètres, culminant au Signal de Mailhebiau.

C’est en arrivant du sud que l’on perçoit sans doute le mieux la rudesse ainsi que la grandeur de l’Aubrac, quelque soit la saison. L’Aubrac contraste avec la vallée du Lot, au climat relativement clément,  au coeur de laquelle Saint Geniez d’Olt était auparavant réputé pour ses fraises.

On s’élève ensuite de 1000 mètres pour atteindre les hauts plateaux de l’Aubrac, après avoir longé les boraldes, ruisseaux bordés de bois de châtaigniers descendants de l’Aubrac, qui se jettent dans le Lot.

Arrivé sur le haut plateau c’est un paysage s’étendant à perte de vue qui se dévoile. Doucement vallonné, sans sommets acérés, seuls quelques sommets d’origine volcanique comme le Puy de Gudette ou le Roc de Cayla près de Laguiole peuvent se distinguer au milieu des estives, entrecoupées de petites vallées peu encaissées.

Situé au Sud du Massif Central, la formation de l’Aubrac résulte de l’affaissement de la chaîne Hercynienne à la fin de l’Ere Primaire. Il y a environ 320 millions d’années, du magma remonte sous les roches métamorphiques des restes de la chaîne Hercynienne, pour ensuite se cristalliser, ce qui composera le granit de la Margeride et de l’Aubrac.

Ensuite vers 200 millions d’années, la chaîne est désormais complètement érodée et la mer recouvre le sud du Massif Central. Des sédiments sont alors déposés jusqu’au retrait de l’eau il y a 150 millions d’années.

La formation des Pyrenées il y 40 millions d’années soulève le territoire de l’Aubrac, ce qui sera encore accentué il y a 20 millions d’années par la formation des Alpes. le plateau s’incline vers le Nord Est et accentue l’érosion, qui commence à dessiner les vallées de la Truyère et du lot, ainsi que les boraldes sur le versant sud.

Le volcanisme apparaît il y a 7.5 million d’années. L’essentiel du volume des laves est émis en 250 000 ans, principalement sur la ligne de « crêtes » allant du Signal de Mailhebiau au Roc du Cayla, en passant par le Puy de Gudette. C’est souvent cette ligne de crêtes que j’aime parcourir et photographier, car elle offre des paysages dégagés que j’apprécie particulièrement.

Au Roc des Loups, Marchastel, Lozère, Juillet

Au Roc des Loups, Marchastel, Lozère, Juillet

Les basaltes émis sont fluides, et les coulées se superposent. Plus récemment, les périodes glacières se sont succédé depuis deux millions d’années. La dernière il y a 20 000 ans recouvrait de 200 mètres de glace les hauts plateaux. Son retrait a marqué de son empreinte la vallée du Bès et les alentours de Marchastel, en érodant ses reliefs.

Le principal glacier recouvrait la haute Vallée du Bès, en amont de Marchastel, et s’écoulait ensuite en direction du nord vers Rieutord d’Aubrac, la plaine de Malbouzon, puis Recoules d’Aubrac. On reconnait bien ses paysages actuels, parsemées de blocs granitiques épars, ou de grandes « plaques » rocheuses.

Après la fin des glaciations, l’Aubrac s’est ensuite progressivement couvert d’une vaste forêt, cela jusqu’au Moyen-Age, où la transformation naturelle des paysages a laissé la place à la transformation par l’Homme.

L’histoire récente de l’Aubrac

L’Aubrac aurait été peuplé dès l’age de bronze, environ 2000 à 1000 ans avant notre ère. Ensuite il y a 2500 ans la déforestation a commencé pour laisser place à de l’élevage.

Sous l’ère Romaine, l’Aubrac se voit traversé par une importante voie de communication, allant de Lyon à Saint Bertrand de Comminges, et qui faisait partie du réseau de voies romaines partant de Lyon, appelé Via Agrippa.

Plus récemment, ce sont désormais les transformations sous la main des hommes qui vont faire évoluer les paysages de l’Aubrac. En défrichant à partir du XIIIème siècle sur les hauts plateaux ce qui restait des forêts  afin de laisser la place aux troupeaux toujours plus importants, d’abord ovins puis bovins, les moines de l’abbaye de Bonneval et de la Domerie d’Aubrac, possesseurs des plus vastes domaines agricoles font apparaître les paysages d’estives actuels. Au XIVème siècle, les caractéristiques particulières de la race Aubrac commencent à se dessiner, au fil des sélections par les moines d’Aubrac.

C’est de cette époque que vient la division des hauts plateaux en « montagnes », qui correspondaient chacune à une étendue herbeuse, possédant au moins une source, et également son buron. Le paysage prend alors sa forme actuelle, avec sa division en 300 montagnes, séparées généralement par des murets de pierres.

La forêt a alors quasiment disparue du haut plateau, Il subsiste cependant quelques bois anciens aux alentours des Truques et de Brameloup, ainsi sur les contreforts de l’Aubrac, des lieux qui sont souvent moins propices à l’élevage.

Paysages du haut plateau, panoramiques

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Paysages du haut plateau, formats classiques

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